dimanche 20 mai 2018

La saison des feux Celeste Ng


A Shaker Heights, banlieue riche et tranquille de Cleveland, tout est soigneusement planifié pour le bonheur des résidents. Rien ne dépasse, rien ne déborde, à l’image de l’existence parfaitement réglée d’Elena Richardson, femme au foyer exemplaire.
Lorsque Mia Warren, une mère célibataire et bohème, vient s’installer dans cette bulle idyllique avec sa fille Pearl, les relations avec la famille Richardson sont débord chaleureuses. Mais peu à peu, leur présence met en péril l’entente qui règne entre les voisins. Et la tension monte dangereusement à Shaker Heights.
 Mon avis : 

Lecture offerte par Babelio et les Éditions SONATINE !

Merci beaucoup : A Babelio pour ses sympathiques MASSES CRITIQUES ( et celle-ci particulière car proposé à quelques membres) et Sonatine pour le livre ainsi qu'un petit carnet de notes.

Ce roman je l'ai abordé avec l'empreinte de ma lecture précédente "Le gang des rêves", je me retrouve ici aux USA bien des années plus tard dans une ville banlieue Shaker Heights , un quartier bien différent de ceux de NY dans les années vingt...

L'histoire commence alors que la maison de la famille Richardson est en feu. Qu'est-il arrivé ? Qui à mis le feu au foyer des Richardson ? 

Une partie de la famille est ici la mère et trois enfants sur les quatre de la famille...

L'auteure Celeste Ng (comment se prononce ce nom ? ...) va alors remonter le fil de l'histoire de cette famille pour nous faire comprendre pourquoi cette maison est en feu.

L'auteure va s'attacher alors à nous décrire la vie dans cette banlieue riche en nous dressant un portrait social de la famille des Richardson composée d'un couple marié et de 4 enfants : Lexie, Tripp, Moody, Izzy et  de celui d'un foyer monoparental,composée de Mia et de sa fille Pearl .  

Mia et Pearl sont les locataires de la famille Richardson et également Mia devient également leur employée de maison.

Deux foyers très différents dans leur fonctionnement, mais ces deux univers vont s'interpénétrer essentiellement par l'intermédiaire des relations avec les enfants.

Chacun des enfants découvrant chez les autres des façons de fonctionner différentes. 

On a d'un côté un modèle familial établit comme le meilleur, sans histoires... en apparence.

J'ai aimé cette histoire où les univers de chacun se découvrent. Les codes sont différents et s'entrechoquent aussi créant des étincelles et alimentant des rancœurs et des incompréhensions aussi. Des visions de la vie différentes ...

" Toute sa vie elle avait appris que la passion, comme le feu, était une chose dangereuse. Elle devenait si facilement incontrôlable. Elle escaladait le murs et bondissait  par dessus les tranchées. les étincelles sautaient comme des puces et se répandaient tout aussi rapidement ; une brise pouvait charrier les braises sur des kilomètres. Mieux valait contrôler cette étincelle et la transmettre prudemment d'une génération à l'autre, comme une troche olympique. Ou peut-être, l'entretenir attentivement comme une flamme éternelle : un rappel de la lumière et de la bonté qui jamais n'embraserait rien. Soigneusement contrôlée. Domestiquée. Heureuse en captivité. la clé pensait-elle, elle était d'éviter toute conflagration." Page 183 vision d'Elena Richardson

Par l'intermédiaire de Mia, la vie bohème, le monde de l'art, s'invitent dans une façon de vivre et de penser. 

Que ce soit Pearl dans la famille des Richardson, ou Izzy dans la famille de Mia tous apprennent, tous s'ouvrent à d'autres façon de faire que celles qui ont cours dans leur quotidien. 

Tout va a peu près bien jusqu'à ce qu'une enfant abandonnée et recueillie par la meilleur amie de Mme Richardson soit réclamée par sa mère biologique Bebe, collègue et amie de Mia. 

S'en suit une " sorte " d'enquête qui va pousser les personnages dans leurs retranchements et leurs secrets... 

Les différents portraits dressés par Céleste Ng sont très bien mis en avant. C'est avant tout les liens maternels qui sont disséqués ici. Du côté des enfants mais aussi entre mères. 

" Mia savait exactement à quoi elle pensait. Pour un parent, un enfant n'est pas une simple personne : c'est un endroit, une sorte de Narnia, un lieu vaste et éternel où coexistent le présent qu'on vit, le passé dont on se souvient et l'avenir qu'on espère. 
On le voit en le regardant, superposé à son visage : le bébé qu'il a été, l'enfant pis l'adulte qu'il deviendra, tout ça simultanément, comme une image en trois dimensions. C'est étourdissant. Et chaque fois qu'on le laisse, chaque fois que l'enfant échappe à notre vue, on craint ne jamais retrouver ce lieu." 

L'univers des adolescents est également très bien décrit et les relations entre les membres de la fratrie Richardson sont riches d'enseignements. 

Et puis le travail de Mia en tant qu'artiste photographe apporte une belle leçon de poésie à la vie et à la façon de la voir. La photo d'art est mise à l'honneur dans ce livre de bien belle façon.

Une très bonne lecture que j'ai vraiment appréciée,
 une belle découverte pour moi qui n'avait jamais encore lu cette auteure.  
Un livre que je vous invite fortement à découvrir, 
pour rentrer au cœur des foyers de cette banlieue américaine. 

Là où couve les feux, là où en apparence,
 tout semble si tranquille, un peu trop peut-être...

Je vous invite à faire la connaissance de ces personnages,
essentiellement féminin au cœur de cette histoire. 


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mercredi 2 mai 2018

Le gang des rêves Luca Di Fulvio





New York ! En ces tumultueuses années 1920, pour des milliers d’Européens, la ville est synonyme de « rêve américain ». C’est le cas pour Cetta Luminata, une Italienne qui, du haut de son jeune âge, compte bien se tailler une place au soleil avec Christmas, son fils. Dans une cité en plein essor où la radio débute à peine et le cinéma se met à parler, Christmas grandit entre gangs adverses, violence et pauvreté, avec ses rêves et sa gouaille comme planche de salut. L’espoir d’une nouvelle existence s’esquisse lorsqu’il rencontre la belle et riche Ruth. Et si, à ses côtés, Christmas trouvait la liberté, et dans ses bras, l’amour ?

Mon avis :

Lecture du mois d'avril qui est déjà passé puisque nous sommes en mai désormais...  Mois d'anniversaire de mon blogounet qui a tout juste 9 ans et de mon anniversaire  9 X 5 (ouille !) !

Ce livre est un pavé de 945 pages ! Il rentre donc dans ma participation au challenge pavé de chez Babelio !

J'avais commencé ce pavé en prévision de la rencontre de son auteur Luca Di Fulvio au QDP 2018. Hélas, grandement hélas, je ne suis pas allée à ce beau rendez-vous car mon amie avec qui je m'y rends chaque année (ou presque) depuis dix ans a du annuler ce rendez-vous ... Je ne vous dit pas ma déception mais parfois il y a des rendez-vous manqués dans la vie et bien celui là en ferra parti, n'en parlons plus. Wal si tu m'écoutes, rendez-vous pris pour 2019 !

J'aurais pu me rendre seule à ce rendez vous mais je n'ai pas voulu. Alors mon livre n'est pas dédicacé et il n'y aura pas de billet sur le QDP ici.

Mais revenons à ce livre qui aura occupé mon mois d'avril 2018 !

J'ai pris plaisir à cette lecture au long cours mais j'avoue être tout de même légèrement déçue surtout sur la deuxième partie du livre.

La première partie m'a emballée. En effet elle dresse le portrait d'une femme italienne, Cetta  qui  décide de s'installer aux USA.

Un prologue nous permet de comprendre le pourquoi de cette décision. 

Cetta n'est pas seule elle a un enfant avec elle : Natale (enfant issu d'un viol d'une enfant qui est elle-même issue d'un viol également...)

Dans les années 10 il ne faisais pas bon être une femme étrangère fraichement arrivée à New York.
  
" Cetta s'endormit - Elle se  raconte l'histoire d'une petite fille de 15 ans qui s'enfuyait de chez elle, toute seule, avec son petit bâtard, pour aller rejoindre le royaume des fées" Page 28

Néanmoins Cetta aura la chance de croiser Sal sur sa route qui s'en en avoir l'air va l'aider énormément à pouvoir garder son enfant ce petit Natale qui deviendra dès le passage en douane Christmas. 

Cetta, Sal, Christmas puis vient un autre des personnages celui de Ruth, jeune fille issue du milieu riche et d'origine juive de New York.

Mais l'univers de Ruth va très vite être mis à mal par un fou furieux Bill, celui-ci va l'enlever la battre sauvagement et la violer !

Nous sommes en 1922 et c'est dans ces circonstances terribles que Christmas avec son ami Santo va croiser la route de Ruth. C'est lui qui la sauvera en l'emmenant à l'hôpital.

Par cette rencontre deux univers vont alors se rencontrer, le milieux des riches et celui des pauvres. 

Dans ce roman si on commence l'histoire avec Cetta c'est bien et essentiellement à travers le personnage de Christmas son fils que l'on va vivre dans les quartiers New-yorkais.

En sauvant Ruth, Christmas va non seulement rencontrer un autre monde celui du rêve américain en quelque sorte mais aussi tomber amoureux.

Hélas, cette histoire d'amour devient vite très compliquée, de part les différences mais aussi et surtout par la personnalité de Ruth qui accuse de forts traumatismes suite à son agression.

Alors dans la deuxième partie c'est tout en parallèles que nous allons suivre les divers personnages : Christmas, Ruth et aussi l'agresseur de Ruth, Bill.

La fresque dressée là est très intéressante et m'a captivée, elle nous plonge dans les années 20 à NY et c'est très bien vu. 

De multiples personnages peuplent ce livre et je ne peux pas les mettre en avant tous ce sera à vous des les découvrir avec leurs verves et/ou leurs défauts. Ils font tous partie de ce roman et certains plus que d'autres m'ont plu : Santo, le grand-père de Ruth, Monsieur Bailey, Cyril...

La ville de New-York est bien sur LE personnage centrale de ce roman. 

Le gang des rêves c'est l'Amérique telle qu'on la rêve et l'idéalise  pour tomber de haut...

Le gang des rêves c'est les Diamond dogs, gang de pure fantaisie inventé par l’espiègle Christmas pour se sentir vivre, pour tout simplement exister dans ces quartiers difficiles.   

Ma légère déception sur ce livre et sur la deuxième partie qui était pour moi pas assez imbriquée... Les 3 personnages principaux : Ruth Christmas et Bill ne se croisant presque pas ... De plus j'ai trouvé également que Luca Di Fulvio avait délaissé Cetta au cours de l'histoire et ça m'a chagrinée.

En résumé et parce que parlé d'un livre de 945 pages n'est pas aisé, 
je vous dirais que si ce livre n'est pas le gros coup de cœur attendu 
(au vu des critiques que j'ai pu lire), 
celui-ci m'a plongée avec bonheur dans les années 20 
au cœur d'un New-York d'ombres et de lumières totalement fascinant !

tous les livres sur Babelio.com

Good morning New-York, chers amis ! 
Branchez vous sur la CKC et écoutez l'histoire de Christmas Luminita !




jeudi 12 avril 2018

Oh Vie Oh lette !

@Didi dans les bois avril 2018


La cueillir quel dommage !
La laisser quel dommage !
Ah cette violette.

Naojo 

@Didi au jardin avril 2018

lundi 2 avril 2018

Entre deux mondes Olivier Noreck



Fuyant un régime sanguinaire et un pays en guerre, Adam a envoyé sa femme Nora et sa fille Maya à six mille kilomètres de là, dans un endroit où elles devraient l'attendre en sécurité. Il les rejoindra bientôt, et ils organiseront leur avenir.
Mais arrivé là-bas, il ne les trouve pas. Ce qu'il découvre, en revanche, c'est un monde entre deux mondes pour damnés de la Terre entre deux vies. Dans cet univers sans loi, aucune police n'ose mettre les pieds.
Un assassin va profiter de cette situation.
Dès le premier crime, Adam décide d'intervenir. Pourquoi ? Tout simplement parce qu'il est flic, et que face à l'espoir qui s'amenuise de revoir un jour Nora et Maya, cette enquête est le seul moyen pour lui de ne pas devenir fou.

Bastien est un policier français. Il connaît cette zone de non-droit et les terreurs qu'elle engendre. Mais lorsque Adam, ce flic étranger, lui demande son aide, le temps est venu pour lui d'ouvrir les yeux sur la réalité et de faire un choix, quitte à se mettre en danger.

Mon avis : 

Je n'avais pas encore lu cet auteur, croisé pourtant au Quais du polar l'année dernière et lu par mes amies et ma sœur (Code 93, Surtensions...) .  


Découvrir cet auteur sur Babelio.com


Cette lecture m'a beaucoup plu, loin d'être un polar pur et dur, on a là comme une plongée dans l'univers des migrants.

Entre deux  mondes c'est la zone de la Jungle de Calais (Olivier Norek a expliqué le pourquoi de ce terme qui me choquait, les hommes seraient-ils des animaux que l'on parque ainsi ?... l'explication m'a rassurée un peu ...) 

" C'est légèrement inapproprié. Qui a trouvé le nom ?
 N'y voyez pas de racisme ce sont les migrants iraniens eux-même. Quand ils sont arrivés sur place, ils ont vu un morceau de forêt, alors ils ont appelé l'endroit "la forêt". En langue Perse, jangal. Ici on a entendu "jungle", prononcé à l'anglaise. Un simple quiproquo"
Zone devenue un camp de transit "provisoire" qui s'est éternisé pour de nombreux migrants. Le but pour ces derniers étant de rejoindre le Royaume Uni leur Eldorado.

Olivier Norek a eu à cœur dans son roman d'humaniser ses personnages et de nous faire vivre cette migration forcée grâce à la famille d'Adam mais aussi auprès des policiers chargés de la sécurité de cette zone et des différentes associations qui œuvrent en interne pour essayer de rendre la vie des réfugiés plus... acceptable... 

5 parties composent ce livre : Fuir - Espérer - Résister - Survivre et Sombrer ?

On suit les personnages de ce livre en se disant qu'on est dans une réalité glaçante. Olivier Norek nous le dit, il n'a pas osé inventer...

"Face à la violence de la réalité,
je n’ai pas osé inventer.
Seule l’enquête de police, basée sur des faits réels,
a été romancée.
Je remercie les flics de Calais,
ceux des Renseignements, les Calaisiens,
les journalistes, mes sources du CNRS et de Sciences Po, les bénévoles humanitaires mais par-dessus tout, ces hommes et ces femmes qui, fuyant l’horreur
des guerres, ont accepté de se livrer."

On plonge direct dans un quotidien de guerre en Syrie, Olivier Norek nous démontre que ces familles fuient la mort, la terreur et qu'ainsi elles prennent tous les risques pour arriver en Europe. 

Le périple en mer de Nora et Maya est effroyable... Pire même... 

Adam espère retrouver sa femme et sa fille dans la jungle là où il leur a donner rendez-vous ... Il ne les retrouvera pas...

Mais Adam ferra deux rencontres décisives : celle de Bastien avec qui il nouera des liens ressemblant à des liens fraternels et professionnels mais aussi avec un jeune noir victime de barbarie, Kilani.

Bastien essayera de comprendre ce qu'il se passe dans la jungle et s'insère dans sa nouvelle équipe et dans ce nouvel univers particulier où tout est tu.  Où il est difficile d'intervenir même pour des actes terribles...  

Il aura à cœur d'aider Adam du mieux qu'il peut et aussi Kilani. Sa famille et son équipe le soutiendront à leur manière. 

J'ai été touchée par la vie horrible de Kilani, Ayman de son vrai nom, enfant soldat, enfant esclave sexuel. Il ne peut plus parler, sa langue ayant été coupée et c'est un arrache cœur que de se trouver face à cet enfant. D'ailleurs cet enfant cristallisera ce désir de lui rendre enfin sa vie d'enfant. 

Ce roman est un fort coup de poing qui nous prends à la gorge et nous dit Stop ! Hélas ce n'est pas le démantèlement de la jungle qui aura enlevé les problèmes concernant la gestion des migrants... 

Merci à Olivier Norek d'avoir su avec son roman pointé du doigt les problèmes des migrants en se penchant sur la zone de la Jungle en particulier et d'avoir mis l'humain au cœur de ce sujet d'actualité. 

Si la jungle a été démantelé en 2016, l'auteur nous met en garde sur cet enfumage flagrant...
 " Il était de retour, aujourd’hui, sur ces terres entre deux mondes où les dunes avaient retrouvé leur calme. Plus de migrants, plus d’humanitaires, comme si d’un coup de baguette magique, le problème avait été résolu. Probablement le plus bel enfumage de la décennie. "
Des exilés forcés aux réfugiés climatiques et également aux exilés économiques le nombre des migrants n'est pas amené à faiblir et les problématiques politico-économiques restent des enjeux sensibles. Espérons que l'humain restera au cœur des décisions. 


Une lecture poignante, révoltante
Une lecture qui met le doigt là où ça fait mal.
Une lecture qui place l'humain au cœur de tout.

Vous aussi entrez dans l'entre deux mondes
  et partez à la rencontre de ces hommes et ces femmes.  
Et merci aussi à Olivier Norek de mettre en avant 
les blogueurs dans ses remerciements :

" Les blogueurs. Pour les petits blogs, les grands, ceux avec de l’émotion, ceux avec des fautes, ceux avec du cœur, ceux avec de la poésie, ceux qui deviennent plus que de simples connaissances, ceux qui parlent de tous les auteurs, ceux qui font tenir leurs murs avec des PAL, ceux qui te disent quand c’est mauvais et ceux qui t’accompagnent sur les Salons. Les vrais journalistes chroniqueurs du polar, c’est vous ! "

dimanche 25 mars 2018

Fendre l'armure Anna Gavalda

" On me demande d'écrire quelques mots pour présenter mon nouveau livre aux libraires et aux critiques et, comme à chaque fois, ce sont ces quelques mots qui sont les plus difficiles à trouver. Je pourrais dire que c'est un recueil de nouvelles, que ce sont des histoires, qu'il y en a sept en tout et qu'elles commencent toutes à la première personne du singulier mais je ne le vois pas ainsi. Pour moi, ce ne sont pas des histoires et encore moins des personnages, ce sont des gens. De vrais gens. Pardon, de vraies gens.
   C'est une faute que j'avais laissée dans mon manuscrit, "la vraie vie des vrais gens", avant que Camille Cazaubon, la fée du Dilettante, ne me corrige : l'adjectif placé immédiatement avant ce nom se met au féminin. Quelles gens ? Certaines gens. De bonnes gens.
  Cette règle apprise, je suis allée rechercher tous mes "gens" pour vérifier que tous s'accordaient bien et j'ai réalisé que c'était l'un des mots qui comptait le plus grand nombre d’occurrences. Il y a beaucoup de "gens" dans ce nouveau livre qui ne parle que de solitude.
  Il y a Ludmila, il y a Paul, il y a Jean (!) et les autres n'ont pas de nom. Ils disent simplement "je". Presque tous parlent dans la nuit, pendant la nuit, et à un moment de leur vie où ils ne différencient plus très bien la nuit du jour justement.
  Ils parlent pour essayer d'y voir clair, ils se dévoilent, ils se confient, ils fendent l'armure. Tous n'y parviennent pas mais de les regarder essayer, déjà, cela m'a émue. C'est prétentieux de parler de ses propres personnages en avouant qu'ils vous ont émue mais je vous le répète : pour moi ce sont pas des personnages, ce sont des gens, de réelles gens, de nouvelles gens et c'est eux que je vous confie aujourd'hui. " Anna Gavalda source : Éditions Le Dilettante

Mon avis :  

J'ai commencé ce livre en oubliant complètement qu'il s'agissait d'un recueil de nouvelles. J'ai donc commencé ma lecture par "L'amour courtois" en pensant suivre la pétillante Ludmila et son langage populaire qui m'a de suite séduite  ! Je me suis bien marrée même si au fond Ludmila c'est une tendre qui a peur de fendre l'armure pour se laisser aimer.

" Eh oui. Faut pas se fier. je suis grossière, mais c'est ma tenue de camouflage. Comme les geckos sur les troncs d'arbre ou les renards de l'Arctique qui changent de pelage en hiver, mon côté voyant, c'est pas mes vraies couleurs. 
Y a des poules , je me souviens plus de leur nom, qui ont des plumes derrière les pattes, comme ça elles effacent leurs traces au fur et à mesure qu'elles avancent, et bien moi c'est pareil sauf que c'est dans le sens contraire : je brouille tout avant même de rentrer en contact. Pourquoi ? Parce que y a toujours mon corps qui fausse ma nature. 
(Et encore plus quand je m'habille avec les tee-shirts en papier tue-mouches de ma copine Samia, j'avoue.)

" L'amour courtois " m'a donc "pêcho" dans le style Gavalda que j'aime avec ses gens, ceux qu'elle sait très bien regarder et aimer. 

Je me suis donc plongée dans ce recueil de nouvelles avec délectation (genre que j'apprécie et qui me permet d'avoir d'autre lecture en même temps car ce sont des "petits"univers qui ne nécessitent pas trop de mémorisation).

Page 47 on change de personnage enfin non pardon Anna, on change de gens :-)  

Avec "La maquisarde" j'ai fait la connaissance de deux femmes esseulées  qui tentent de vivre l'une en tant que veuve et mère et l'autre en tant que maîtresse sans enfant et délaissée. Ces deux femmes là vont croiser leurs chagrins et s'aider sans le savoir. 
Cette nouvelle est la plus longue du recueil et sa chute m'a laissé pourtant un sentiment d'inachevé car on laissait là les femmes à des moments importants de leurs vies ... J'ai eu envie de les suivre encore dans la reconquête de leurs vies...

"Mon chien va mourir " arrive avec un homme, c'est Jeannot un routier au grand cœur.
 Cette nouvelle à ma préférence dans ce recueil elle est très émouvante. Fendre l'armure pour un père qui a perdu son fils et son compagnon à 4 pattes qui l'avait aidé à sa façon dans cette perte immense...

" Grâce à mon chien, j'ai cessé de ma bloquer la mâchoire et j'ai repris goût à la route. Pauses pipi obligent, j'ai même découvert des coins ici et là où il aurait fait bon vivre. 
Grâce à lui, qui avait été abandonné et qui m'avait attendu sagement la première nuit, qui n'avait pas douté une seule minute que j'allais revenir le chercher et qui maintenant comptait sur moi pour son bien être, j'ai été mieux. Je ne dis pas heureux, je dis mieux.
C'est quelque chose ou quelqu'un comme ça qui a manqué à ma femme."
Avec "Happy meal " je me suis fait entourloupée ! Argl, l'art de la nouvelle est dans sa chute et là elle est excellente ! On peut relire la nouvelle alors sous un tout autre angle !

"Mes points de vie" parle de beaucoup de chose en un minimum de pages et dresse le portrait d'un père mesurant la chance d'avoir un enfant bien portant et décrit fort bien les addictions de certains adolescents !

"Le fantassin" c'est l'histoire d'une amitié entre homme qui aidera l'un à fendre l'armure ... Gavalda nous rappelle ici l'importance de dire son amitié avant qu'il ne soit trop tard...

On fini dans un train avec "Un garçon" quelques filles et sans doute une ou des possibilités...

Au final un recueil qui se déguste comme une boîte de chocolat, 
ben oui on ne sait jamais sur lequel on va tomber ! 
(dixit Forest Gump comme vous le savez) !

Merci Anna Gavalda, merci de m'avoir confier ces gens. 
Ils sont devenus un peu par votre intermédiaire mes amis aussi. 

Fendez vous aussi votre armure, ça ne peut que faire du bien ♥

" Et de sourire enfin me permettait de pleurer enfin. Pas de la petite larmichette amère comme à l'instant d'avant ou au café même, mais de bonnes grosses larmes bien rondes, bien grasses et bien chaudes. Du corps qui lâche. De la dureté qui cède. Du chagrin qui fond."

@Didi mars 2018 Nougat ♥

jeudi 22 mars 2018

Le carnet Viking 70 jours en mer de Barents Anita Conti

Fécamp, juin 1939. Anita Conti embarque sur le morutier Viking pour une campagne de près de trois mois dans l'Atlantique Nord. C'est la première fois qu'elle reste aussi longtemps sur un navire. Seule femme parmi cinquante pêcheurs, elle restitue au jour le jour, dans ce carnet inédit, l'émotion brute ressentie à bord. Gorgé d'images et de confidences de marins, fouetté d'embruns ou noyé de brume, Le Carnet Viking ouvre aux secrets de la mer, ce monde énigmatique et mouvant où l'on se confronte au détachement et aux sensations les plus élémentaires.
Anita Conti (1899-1997), écrivain, photographe et voyageuse, avait la mer dans le sang. Pionnière de l'océanographie, ardente protectrice des océans et des poissons, elle fut aussi la première femme à pénétrer le monde fermé des marins et à en témoigner. Préface de Catherine Poulain. Source Payot et Rivages

Mon avis : 

C'est le carnet de bord d'une femme qui part en mer de Barents pendant 70 jours de juin à septembre 1939.


Elle prend place à bord d'un navire de pêche " Le Viking ". Seule femme à bord je ne peux que saluer cette "aventurière" exploratrice et scientifique ! 

Ce carnet reflète cette vie en mer que l'on a peine à imaginer.Se sont réellement des forçats de la mer, des ouvriers, des mineurs des océans. 

Ils arpentent les eaux salées à la recherche de leur salaire.

L'écriture est abrupte, mais a-ton vraiment loisir d'écrire tranquillement à bord de ces bateaux usines ? 

On pêche et on conditionne les poissons à bord. Toute la vie des pêcheurs et concentrée sur les poissons, leur quête, leur pêche, leur transformation.

Dans son carnet Anita Conti nous décrit très bien cette vie à bord et ses rudes conditions. 

Elle s'interroge aussi sur les ressources de la mer , sur le fait de toujours en prélever davantage... 

Elle ponctue son carnet de ses propres photos et de croquis concernant les poissons et autre animaux des mers. 


Elle s'intéresse à tout, ce qui est dans l'eau, ce qui est sur le bateau.



Elle nous indique chaque jour l'état de l'eau, du ciel, de ce que les filets relèvent. Elle nous présente les différents métiers à bords et m'apprends des choses. Comme ce qu'est un gogotier. 


Si son style n'est pas très littéraire, il se fait parfois poétique au gré de la météo.

"21 H 30 - Gris sinistre. La nuit enfin tomberait-elle ?
Le jour ne s'éteint pas et personne n'a vu le soleil. On sait qu'il est là, derrière cette couche épaisse de vapeurs qui forment dôme. Ce ne sont pas des nuages dessinés, aux formes fantaisistes qui évoquent des lignes de terres véritables (terres de beurre... disent les hommes, et ils rêvent...) ou des nuages qui laissent passer des jambes de lumière... De tels nuages évoqueraient quelque chose de vivant, quelque chose d'autre que cette cloche noirâtre qui nous domine, nous entoure et aussi nous enferme, cette cloche d'épaisseur humide posée sur une circonférence d'eau terne, dont on est le centre perdu."

On sent chez Anita Conti l'âme d'une profonde amoureuse de la nature et de la mer en particulier, on sent déjà dans ses expéditions la volonté de tirer une sonnette d'alarme quant aux ressources non inépuisables de la mer.

J'ai senti chez cette femme l'âme d'une pionnière dans cette volonté très écologiste tout en respectant de manière très forte le travail des marins pêcheurs. 

J'ai apprécié ce livre mais ce n'est pas vraiment ce que je préfère en littérature... D'ailleurs ce livre retrace le carnet d'expédition de cette femme. C'est donc plus un documentaire et celui-ci m'aura permis de découvrir la vie à bord mais aussi de partir à la découverte de cette femme admirable.

Cette lecture m'a embarquée sur le Viking ... 
Mais ne m'a pas vraiment embarquée littéralement parlant...



Néanmoins, je remercie vivement 
Babelio et ses masses critiques et les Éditions Payot et Rivages 
pour cette aventure en mer de Barents !


Anita Conti force le respect 
et cette dame de la mer a toute mon admiration